17/08/2026
Schizophrénie : cas clinique (simulation médicale pédagogique)
Karim est un homme de 28 ans, célibataire, sans emploi depuis 18 mois, vivant chez ses parents. Il n’a aucun antécédent de suivi psychiatrique.
L’histoire de la maladie actuelle débute par une phase prodromique d’environ un an, marquée par un retrait social progressif, une baisse de motivation et des idées de référence floues.
Depuis environ 3 mois, apparaissent des symptômes psychotiques francs :
Conviction d’être possédé par un djin qui lui parle de façon quasi permanente, lui donne des informations sur l’avenir et lui ordonne parfois d’agir.
Délire d’ensorcellement à mécanisme intuitif : il « sait » de façon soudaine et indubitable qu’il a été ensorcelé par des personnes de son entourage (voisins, anciens collègues), sans apporter d’éléments factuels.
Hallucinations auditives attribuées au djin (voix commentatrices et impératives).
Affect nettement émoussé, aboulie importante, négligence de l’hygiène et du comportement.
Altération majeure du fonctionnement social et professionnel.
Les bilans médicaux et toxicologiques sont négatifs. On note un antécédent familial : un oncle paternel suivi pour un trouble psychotique chronique.
Analyse sémiologique
Symptômes positifs :
Délires :
– Délire de possession (djin installé en lui).
– Délire d’ensorcellement à mécanisme intuitif (conviction primaire, non argumentée).
– Dimension prophétique (révélations sur l’avenir).
Hallucinations auditives : voix du djin, commentatrices et parfois impératives, quasi permanentes.
Attitudes d’écoute, réponses aux voix, gestes de protection (se boucher les oreilles).
Symptômes négatifs :
Affect très émoussé (quasi absence d’expression émotionnelle malgré le contenu angoissant).
Aboulie / avolition marquée.
Retrait social et apragmatisme.
Alogie relative (discours monocorde, pauvre).
Désorganisation :
Discours parfois désorganisé.
Comportements bizarres (balancement, frottement répétitif des mains, attitudes d’écoute).
Autres éléments :
Insight quasiment nul.
Mécanisme intuitif dominant dans le délire d’ensorcellement.
Coloration culturelle marquée (possession par un djin, ensorcellement), fréquente dans certains contextes socioculturels, mais qui n’exclut pas le caractère pathologique.
Discussion diagnostique
Diagnostic principal retenu : Schizophrénie (DSM-5 – F20.9), premier épisode, phase active.
Justification selon les critères DSM-5 :
Critère A : Présence d’idées délirantes + hallucinations + symptômes négatifs depuis plus d’un mois (au moins un des symptômes 1, 2 ou 3 est présent).
Critère B : Altération marquée du fonctionnement professionnel, social et des soins personnels.
Critère C : Signes continus depuis plus de 6 mois (phase prodromique + phase active).
Critères D, E, F : Exclusion d’un trouble de l’humeur avec caractéristiques psychotiques, d’une cause organique ou toxique, et d’un trouble du spectre de l’autisme.
Diagnostics différentiels envisagés et écartés :
Trouble schizo-affectif : Pas d’épisode thymique caractérisé concomitant de durée significative
Trouble délirant : Présence d’hallucinations proéminentes + symptômes négatifs + désorganisation
Bouffée délirante aiguë / Trouble psychotique bref : Durée > 6 mois
Trouble psychotique induit par substance : Bilans toxicologiques négatifs
Pathologie organique : Bilans biologiques et imagerie normaux
Possession culturelle « non pathologique » : Impact fonctionnel majeur, insight nul, chronicité, symptômes négatifs
Conclusion
Il s’agit d’un premier épisode psychotique répondant aux critères de schizophrénie, avec une sémiologie riche (possession + ensorcellement intuitif + hallucinations + symptômes négatifs).
La prise en charge doit être précoce, associant un traitement antipsychotique, une approche psychoéducative et une réhabilitation psychosociale.