13/10/2026
Magnifique Texte de Marguerite Yourcenar (Les Yeux Ouverts, 1980) đ€© "Je condamne lâignorance qui rĂšgne en ce moment dans les dĂ©mocraties aussi bien que dans les rĂ©gimes totalitaires. Cette ignorance est si forte, souvent si totale, quâon la dirait voulue par le systĂšme, sinon par le rĂ©gime. Jâai souvent rĂ©flĂ©chi Ă ce que pourrait ĂȘtre lâĂ©ducation de lâenfant.
Je pense quâil faudrait des Ă©tudes de base, trĂšs simples, oĂč lâenfant apprendrait quâil existe au sein de lâunivers, sur une planĂšte dont il devra plus t**d mĂ©nager les ressources, quâil dĂ©pend de lâair, de lâeau, de tous les ĂȘtres vivants, et que la moindre erreur ou la moindre violence risque de tout dĂ©truire.
Il apprendrait que les hommes se sont entretuĂ©s dans des guerres qui nâont jamais fait que produire dâautres guerres, et que chaque pays arrange son histoire, mensongĂšrement, de façon Ă flatter son orgueil.
On lui apprendrait assez du passĂ© pour quâil se sente reliĂ© aux hommes qui lâont prĂ©cĂ©dĂ©, pour quâil les admire lĂ oĂč ils mĂ©ritent de lâĂȘtre, sans sâen faire des idoles, non plus que du prĂ©sent ou dâun hypothĂ©tique avenir.
On essaierait de le familiariser à la fois avec les livres et les choses ; il saurait le nom des plantes, il connaßtrait les animaux sans se livrer aux hideuses vivisections imposées aux enfants et aux trÚs jeunes adolescents sous prétexte de biologie.
; il apprendrait à donner les premiers soins aux blessés ; son éducation se****le comprendrait la présence à un accouchement, son éducation mentale la vue des grands malades et des morts.
On lui donnerait aussi les simples notions de morale sans laquelle la vie en sociĂ©tĂ© est impossible, instruction que les Ă©coles Ă©lĂ©mentaires et moyennes nâosent plus donner dans ce pays.
En matiĂšre de religion, on ne lui imposerait aucune pratique ou aucun dogme, mais on lui dirait quelque chose de toutes les grandes religions du monde, et surtout de celle du pays oĂč il se trouve, pour Ă©veiller en lui le respect et dĂ©truire dâavance certains odieux prĂ©jugĂ©s.
On lui apprendrait Ă aimer le travail quand le travail est utile, et Ă ne pas se laisser prendre Ă lâimposture publicitaire, en commençant par celle qui lui vante des friandises plus ou moins frelatĂ©es, en lui prĂ©parant des caries et des diabĂštes futurs.
Il y a certainement un moyen de parler aux enfants de choses vĂ©ritablement importantes plus tĂŽt quâon ne le fait."
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