10/03/2026
Ça m’est arrivé.
J’avais bu avec des amis, je suis restée sur place, quelqu’un, qui avait bu aussi, a décidé qu’il voulait une relation s***uelle.
Je n’ai pas dit « non ».
Je n’ai pas dit « oui » non plus. Je n’étais ni en mesure ni dans un contexte pour donner un consentement REEL (Rétractable, Enthousiaste, Éclairé et Libre).
On était entre amis, il y avait des amis autour, plus ou moins conscients parce qu’ils avaient consommés de l’alcool aussi. On avait vraiment passé une belle soirée, on s’était fichtrement bien amusé-es, je m’inclue !
Le lendemain, je suis retournée à mes affaires avec ce discours dans ma tête: « Y’a pas de quoi en faire un drame, de toutes manières tu as couru après le trouble ma belle. »
J’ai porté ce discours en moi très longtemps, trop longtemps.
Mais j’ai une fille, une belle grande fille maintenant. Elle a commencé à sortir et à boire avec des amies. Belle, sexy, libre… et moi je me disais : « Batinse, elle court après le trouble. »
Ça m’a pris du temps avant de réaliser que ce discours n’avait pas de sens. Avant que je réalise que ce discours je me le servais à moi-même depuis des années, inconsciemment.
Donc, j’ai fait la seule chose qui avait du sens, j’en ai parlé avec ma fille et avec mon fils et avec mon chum et avec ma mère et avec ma sœur... et avec vous maintenant.
Pas pour culpabiliser personne. Je vous le rappelle, j’étais avec des amis que je considère toujours aujourd’hui comme de bonnes personnes. C’est un moment imparfait et il est important qu’on le reconnaisse comme tel pour changer nos systèmes de croyances.
C’est ça que je veux, qu’on change de discours. Si boire et conduire n’est pas légal, boire et avoir des relations s***uelles spontanées ne devrait pas l’être non plus.
Je veux que les femmes et les filles, que tout le monde, puissent sortir, boire, s’amuser sans se mettre à risque d’être utilisé-es.
Je veux qu’on développe la notion de sentinelle comme celle de chauffeur/chauffeuse désigné-e. Une ou des personnes qui vont dire : «Hi la la, on va pas là les ami-e-s, on n’est pas en état pour ça ! »
C’est ce que j’ai dit à mon fils. Que je voulais qu’il fasse parti des sentinelles parce que ce n’est pas un gars qui boit tant que ça ! C’est ce que j’ai dit à ma fille. Que je voulais qu’elle se sente belle et libre, qu’elle s’amuse en prenant des ententes claires, même avec des ami-e-s, surtout avec des ami-e-s.
Je ne me considère pas victime, ma vie n’a pas été chamboulée par cet événement, je n’en ai pas de séquelle. Juste un inconfort latent.
Pourtant, il était important que j’explore et change cette croyance, pour ma fille, pour toutes les femmes, pour les hommes aussi.
Le cas de Jane Doe et des « Cornell 7 » me donne l’impulsion pour m’engager dans l’espace public.
Souvent, les histoires qui occupent cet espace public/médiatique sont tellement choquantes qu’on ne s’y reconnaît pas.
Mon histoire est beaucoup plus ordinaire et peut-être beaucoup plus courante, sûrement trop même. Une histoire dans laquelle je n’ai absolument pas envie d’étiquettes, ni d’un côté ni de l’autre.
C’est avant tout une expérience que je souhaite mettre à profit parce que l’essentiel est d’apprendre et d’évoluer, ensemble. Je crois très sincèrement qu’il faut élargir et approfondir la conversation autour du consentement.
Il est plus que temps.
Jacinthe xx